La Story de Gilles Vernet

Les Stories de COMMEUNSEULHOMME ce sont tous les témoignages et toutes les rencontres faites pendant nos explorations autour du monde, à la recherche des clés de l’humain, du bonheur collectif et de l’épanouissement de soi par la diversité.

Dans ce deuxième épisode, retrouvez Gilles Vernet (Professeur de philosophie et réalisateur du film « Tout s’accélère ») et Eric Bellion (à bord de la goélette Ahoy pendant la Route du Rhum 2018 – Destination Guadeloupe).

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Notre société est engagée dans une course contre le temps. C'est devenu une question existentielle, en particulier dans l'éducation.

Gilles Vernet - Professeur et réalisateur

Gilles est un ancien trader devenu instituteur dans le 19ème arrondissement de Paris. Il s’interroge avec ses élèves de CM2 sur l’accélération vertigineuse de notre monde. Fasciné par leurs réflexions sur notre mode de vie et notre rapport au temps, il décide de les filmer puis d’aller à la rencontre d’experts du sujet. Pourquoi nos sociétés recherchent-elles toujours plus de croissance ? A quel impératif obéit cette accélération alors même que ces enfants de 10 ans mettent en évidence ses limites ?

La Story de Gilles Vernet & Eric Bellion #Décélération #RDR2018 #Nature #Film | PODCAST N°2

Transcript du Podcast

(Gilles) Bonjour je suis Gilles Vernet, je suis un ancien trader devenu instituteur. Je m’interroge comme Eric depuis de nombreuses années sur la course contre le temps qu’on vit tous, qui a un côté absurde on pourrait le dire parce qu’est-ce bien raisonnable de faire du temps un ennemi ?

Et j’ai réalisé un film qui s’appelle Tout S’accélère et également un livre du même titre qui
traite de cette question à partir de la parole de mes élèves, qui ont beaucoup de choses je crois à nous apprendre et nous dire sur ce sujet.

(Eric) Bonjour Gilles,  enchanté tu m’entends ou pas ?

(Gilles) oui parfaitement bien très bien.

(Eric) Pour te donner juste le contexte, là je suis au large du cap Finistère je suis un peu secoué par de grosses vagues il ya beaucoup de vent de nice même si ça ne s’entend pas, donc il est possible que le satellite ait un peu de mal à faire l’alignement avec ses petits
moteurs donc j’espère que ça va bien le faire.
Gilles on voulait parler avec toi ce qu’on a vu ton film quand il est sorti au cinéma, et c’est vrai que ça nous a beaucoup parlé et avec ce qu’on est en train de faire  l’idée sur cette Route du Rhum, c’est d’aller vraiment éprouver  le fait de décélérer, et savoir si je peux être heureux fier et quelque  part aussi performant mais d’une autre façon en décélérant. Je te cache pas que là pour l’instant j’ai la mauvaise partie parce que le fait de décélérer nous met dans la tempête donc c’est d’abord une frustration que je vis même si de temps en temps j’ai des petits éclats de bonheur parce que la goélette est très belle dès qu’elle commence à filer j’y perds mais pour l’instant elle bute sur toutes les vagues vu son poids sa forme et je vois les autres qui s’enchaînent et je subis. Donc tu vois cette décélération pour le moment elle est frustration. Je ne sais pas si ça résonne en toi…

(Gilles) En l’occurrence ça se comprend bien mais la frustration est souvent attachée à notre société mais là c’est autre chose c’est que tu préférais pouvoir prendre véritablement ton temps si je comprends bien et tu ne peux pas.

(Eric) Eh bien là écoute j’aimerais accélérer pour laisser passer le mauvais temps et d’un autre côté c’est ça je sais que ces mauvais moments je veux les éprouver à fond – c’est ce que je suis venu chercher c’est ça qui est compliqué. Il y a une part de moi qui voudraient accélérer

(Gilles) Cela dit ça fait écho à une contradiction qu’on vit tous qui est contradiction et
complémentarité entre la vitesse et la décélération. Moi je suis assez admiratif de la démarche et en plus en soi, la navigation en solitaire c’est quelque chose que je trouve très fascinant dans
justement  le fait  d’affronter la solitude, qui est une forme de décélération déjà en soi même,
me semble-t-il. Mais on a on a tous cette appétence à accélérer par moments et à vouloir ralentir et moi c’est ce que je crois d’ailleurs au passage. Aujourd’hui au bout de tout ce chemin après le feeling et des échanges avec les gens, je ne crois pas à un ralentissement éternel est permanent, pas plus qu’à une croissance éternelle et permanente d’ailleurs. Pour moi ce
serait deux choses qui se font écho. Il y a des moments où il faut accélérer,  il y a des moments où c’est intéressant d’accélérer pour faire des choses. Mais il y a des moments absolument vitaux  justement pour décélérer et retrouver du centrage, se retrouver dans une
vitesse et une temporalité qui sont un peu plus humaines.
Je comprends que tu souhaiterais accélérer pour sortir et arriver dans une zone plus propice à une vraie décélération.

(Eric) D’autre côté tu vois en parlant avec toi je trouve ça idiot de vouloir accélérer. Parce que certes c’est inconfortable, ça fait peur certes il y a beaucoup de choses, mais c’est au final aussi exactement ce que je suis venu chercher et donc accélérer ça, quelque part, ce serait de me voler une partie de mon rêve en fait ça en fait partie intégrante et il s’agit de ne pas mettre un voile dessus mais de le vivre intensément même si c’est compliqué. J’avais une réflexion ce matin je me disais, est-ce que la vitesse n’est pas liée à l’accélération, est-ce qu’elle ne vient pas de la comparaison et d’une société qui se compare en permanence et de plus en plus. J’essaye de me soigner, mais je n’y arrive pas, de m’éloigner du classement de mes compères et des bateaux qui vont plus vite que moi et je ne peux pas m’empêcher, je m’agace, et je m’agace sur ma pauvre goélette qui elle fait de son mieux et je me disais, je vais en parler avec toi , à savoir comment on fait avec cette comparaison permanente qui est là dans notre
société, qu’est ce qu’on peut faire pour justement s’en défaire un petit peu pour vivre pleinement ?

(Gilles) je suis 100 % en ligne avec toi, c’est d’ailleurs une thèse de Nicolas Hulot qui dit qu’avec les réseaux sociaux c’est justement cette comparaison a été démultipliée, et notre sensation d’insuffisance aussi parce qu’on ne fait pas des beaux voyages, parce qu’on n’a pas des expériences incroyables, parce que les gens postent sur les réseaux sociaux que ce qu’il y a
d’incroyable, ils postent évidemment pas leurs échecs ou leurs difficultés et donc on est sans arrêt renvoyés à une insuffisance – ça fait penser aussi à l’école où les enfants se comparent sans arrêt : je leur intime presque l’ordre de ne pas donner leur note, de se concentrer sur leurs propres notes, de pas discuter de qui a eu la meilleure note, j’essaie de leur faire toucher du doigt le côté assez absurde presque de ça. Et dans le film Harmut Rosa avait dit d’ailleurs
quelque chose que j’adore et qui marque tout le monde : il dit qu’il y avait un parent d’élève qui avait dit à son fils il faut absolument être premier. Et il dit mais si vous imaginez tous les
parents disant ça à leur fils, vous avez 29 malheureux pour un heureux – est-ce que
c’est un bon choix de société ? Et c’est vrai que la question se pose et elle fait du bien, elle rappelle qu’on est dans une culture de l’exceptionnalité, de la célébrité, il faut être le hors-norme, il n’y a presque que ça qui gagne de l’argent et de ce fait on est dans une logique très absurde parce que ça rend beaucoup de gens malheureux et quand on voit – bon ça c’est peut-être raccourci – mais quand on voit les votes des gens dans plein de pays, il y a d’autres choses mais aussi ce sentiment de ne pas servir à grand chose finalement. Il y a qu’une partie de
la population les premiers quoi, qui eux sont en tête du classement et caracollent tandis que les autres sont largués progressivement. Pour ce que tu disais, ça me faisait réfléchir à
une chose, c’est le syndrome de classement effectivement. En ce moment  j’écris un livre sur l’argent parce que je pense que beaucoup à l’intérieur de notre course contre le temps, il y a la course à l’argent et le système économique et financier mais il ya aussi une maladie du chiffre
il faut toujours tout chiffrer, on les classe et les meilleurs les moins bons et puis on veut que
ça croisse tout le temps, globalement  on veut un chiffre qu’on imagine augmentant et on
est dans une logique ça pour le coup qui pose des grosses questions.

Alain Supiot qui est un chercheur enfin un professeur au collège de France, qui a écrit un livre et qui a fait une conférence sur le sujet c’est la gouvernance par les nombres et je pense que beaucoup dans notre course ya une gouvernance par les normes avec des nombres qui se comparent entre eux les pib de chaque pays,le chiffre d’affaires de l’entreprise, la capitalisation d’entreprise le classement à la route du rhum, donc on classe tout, il faut être premier et c’est l’objectif ultime d’une existence et on voit pas très bien comment une société fonctionnecomme ça bien.

(Eric) Alors comment on change la donne comment on fait en sorte que l’on ne soit pas jugé que par rapport à l’argent gagné ou à la vitesse… qu’est-ce qu’il faut faire ? On en parlait avec Nelly Pons il y a peu de temps, on n’arrive pas à noter les gens sur la capacité à être en harmonie à les juger sur leur façon d’interagir avec les autres ou sur l’effort qu’ils ont donné… quelles sont les pistes ?

(Gilles) Le problème c’est qu’il y a deux enjeux : il y a un enjeu individuel et un enjeu
collectif. Il y a notre propre responsabilité dans la course dans le fait que on peut se laisser griser par mille choses dans notre société qu’internet est quelque chose qui peut nous happer complètement et prendre tout notre temps donc il ya une responsabilité personnelle et puisune responsabilité collective enjeu collectif qui pour moi est majeur en fait et même dominant, c’est
comme si la superstructure déterminait un peu l’homme quoi, mais c’est vrai qu’on a une structure on a un monde très très endetté avec un pouvoir de la finance énorme lié à cette dette lié au fait que tout l’argent qui est investit dans le monde il doit croître il doit augmenter toujours. Donc la domination on va dire de l’influence de la finance sur les décisions politiques est quand même en grande partie pour moi responsable de cette vision économique et financière exclusive. Je ne dis pas qu’elle n’est pas bonne parce que j’en ai fait partie il peut y avoir des aspects rationnels mais elle est devenue totalement dominante et exclusive et ça c’est
la thèse de mon livre que l’argent est devenu, on le sait un peu tous, est devenu le dieu de notre monde et que ça pose une vraie question parce que ça peut pas être un dieu l’argent, et ensuite l’autre réponse que je te donnerai pour donner un peu d’espoir c’est c’est pour moi ça passe par l’éducation, c’est pour ça que je suis enseignant, éduquer les enfants, leur faire comprendre que voilà avoir sans arrêt plus que l’autre, la plus belle marque etc., c’est une course sans fin.
Et leur faire toucher du doigt l’absurdité et une phrase de Montesquieu que tu vas peut-être aimer qui dit « si l’on ne voulait être qu’heureux cela serait bientôt fait mais on veut être plus heureux que les autres et c’est très souvent difficile parce qu’on imagine les autres plus heureux qu’ils ne sont » et ça, on imagine les autres plus heureux qu’ils le sont, j’ai côtoyé beaucoup de gens très riches puisque je les conseillais, j’étais fasciné par le manque de bonheur quoi alors que beaucoup d’argent. Donc parce que gagner beaucoup d’argent ça coûte des choses et on l’oublie, être célèbre aussi… enfin j’essaie de leur ouvrir les yeux. Je pense que réduire l’influence de la télévision et promouvoir un peu la philosophie et l’éducation c’est un peu peut-être utopique mais quand même ça c’est peut-être par les générations de demain que que peut venir l’espoir fin du mois c’est ce qu’on espère tous en fait.

(Eric) Comment à titre individuel on peut amener les gens à dire qu’ils vont être plus heureux en décélérant, qu’est-ce qu’ils ont à gagner en fait ? Qu’est-ce qui vont perdre et qu’est-ce qu’ils vont gagner en fait ?

(Gilles) Aujourd’hui très clairement quand on fait un choix de décélération souvent on perd de l’argent enfin, on perd – on gagne moins d’argent. Tous les gens que j’ai pu rencontrer à travers mon film dans les projections, qui vivaient des vies d’ailleurs souvent très heureuses, assez sereines, étaient dans un une faible consommation parce que enfin il ya une espèce de cycle : produire beaucoup pour gagner beaucoup pour pouvoir consommer beaucoup et toujours plus. Et consommer prend du temps, produire prend du temps et donc si on veut avoir du temps..pour moi j’ai cette foi par exemple que l’amour est vraiment la seule chose qui vaille vraiment la peine dans la vie entre autres face à la mort, qui est souvent une des raisons pour lesquelles on court, et donc une plus grande conscience de la mort et puis aussi donc de prendre conscience que l’amour est en train de passer à la trappe, on le voit chez des adolescents et passent leur vie sur les réseaux à consommer, que ce soit l’image ou des fringues et finalement ils ont plus de temps beaucoup pour l’amour que ce soit l’amitié passé ensemble, enfin ils passent plus de temps sur les réseaux qu’à se voir, ou pour l’amour tout court. Et ça vaut pour les adultes aussi, on est de plus en plus devant des machines aussi. Je pense que le choix de décélérer pour faire ça il faut accepter une certaine manière de renoncer.
C’est Patrick Viveret qui disait on ne peut pas tout vivre. Et voilà ça ça m’a beaucoup aidé. Et oui il y a une dernière chose que je voulais dire, dans les solutions il y en a une énorme, collective – c’est les limites c’est donner des limites et on est dans une société de l’illimité, de la démesure totale des comptes bancaires inouïs où les gens ont des milliers de milliards, mais y a pas que ça, des limites à une consommation frénétique par exemple l’eau, la faire payer : plus on en consomme plus on paye si on consomme mille litres ou dix mille litres on paye pas pareil dans l’année etc. donner des limites à travers soit un impôt de plus en plus progressif des prix progressifs d’une certaine manière presque. C’est Nicolas Hulot qui disait ça dans le film et m’avait beaucoup marqué avec ça, parce que ça me renvoyait à moi même très honnêtement, il disait on ne sait pas se satisfaire des choses et pourtant on est quand même à un niveau de confort qu’on a jamais eu dans l’histoire, il ya plein de choses quand même dans nos sociétés, mais il faut toujours plus et on pourrait pas s’en satisfaire déjà ça serait pas mal ça nous laisserait le temps d’en profiter.

(Eric) Le bonheur c’est quand on est heureux de ce qu’on a, pas besoin de chercher plus loin.

(Gilles) et ça j’imagine que sur la mer, seul, ce que tu as c’est quoi, c’est les paysages, c’est quand ça se passe bien ?

(Eric) en fait oui tu as des paysages fabuleux, je suis sur un bateau fabuleux moi je suis dans
mon imaginaire d’enfant sur une goélette au au milieu de l’océan le paysage est vaste, les vagues sont grosses et quelques oiseaux qui planent… la mer c’est peut-être une solution parce qu’elle offre elle offre la beauté au même titre que la montagne peut-être, mais moi je suis plus attiré par la mer mais tu vois je passe énormément de temps dans mes traversées je m’en aperçoit là à me soigner de la terre, à partir de la terre et c’est très compliqué de se soigner, de rentrer dans la mer. Je donne des exemples, je regarde beaucoup mon écran d’ordinateur où j’ai des concurrents etc. il m’arrive de rester prostré devant j’ai plus d’informations, j’ai plus de mails, j’ai plus facebook j’ai plus rien, mais je regarde encore mon ordinateur. Je mets du temps à aller dehors juste à faire des rêveries, l’instant de rêverie prend du temps, je sais
qu’il va arriver, et ça sera au moment où je me sentirais bien, mais il y a une sorte d’addiction que je dois que je dois perdre, j’ai l’impression d’être en sevrage

(Gilles) c’est intéressant ça parce que pour le coup c’est une autre conviction aussi que je partage, parce qu’il y’a pas que toi, très loin de là, on est beaucoup, dans mon
livre j’ai fait un chapitre qui s’appelle qui s’appelle les adrenaline addicts mais ça dit la place de l’addiction dans notre société, addiction à la consommation, à toutes sortes de consommations. C’est ça l’absence de limites d’ailleurs, ça mène à l’absence de limites ou de la conscience de la limite l’addition; et l’addiction à l’argent et à la dette qu’on a dans notre société et j’éprouve comme toi, je vais à la campagne pour écrire et un moment de transition, un sas de transition où je dois effectivement me désaccoutumer comme ça de l’habitude répétée répétée, parce que c’est Aristote qui disait qu’on est ce qu’on fait de manière répétée donc pendant des mois on répète tous les jours, aller sur l’ordinateur etc. ben faut se défaire de cette habitude ça prend du temps

(Eric) Avec Comme Un Seul Homme on pousse les gens à dire que c’est en faisant des choses différentes avec des gens différents qu’ils vont pouvoir créer et être heureux et réussir durablement. Et je me dis si on arrive à raconter aux gens qu’il faut se sevrer, qu’il y a une accoutumance qu’il est difficile à quitter mais que au-delà ils vont pouvoir se rencontrer, ils vont pouvoir trouver les ressources de ce qu’ils ont en eux créer des choses et réussir des choses qu’ils ne pouvaient pas imaginer, juste en prenant le temps et le recul, c’est merveilleux.

(Gilles) C’est un super projet, c’est assez inspirant, je crois aussi comme toi qu’il va y avoir une part de lutte à avoir par rapport aux excès délirants de notre société qui vont quand même risquer de nous mener dans le mur mais il y a une part d’inspiration aussi à donner aux gens pour qu’ils aient envie de changer. Moi, je suis je je touche du bois mais je suis tellement plus heureux depuis que j’ai abandonné l’ancien monde de la finance où j’étais ou par contre doit être honnête j’ai gagné de l’argent donc j’ai pu avoir un une forme de confort ou de tranquillité que je n’aurais peut-être pas eu sinon. Mais je vois le exactement ce que tu dis j’ai du temps pour les autres j’ai du temps et c’est inestimable c’est un peu de l’amour, c’est un grand mot pour dire relations humaines. Quand on les prend sous le bon angle, ça s’apparente à voilà quelque chose qui est de se sentir humains entre humains et partager et faire des choses, parce que je pense qu’il y en a plein de projets qui peuvent naître de tout ça. Je voulais juste ajouter une chose, c’est que moi franchement ça me fascine ce que tu fais, j’en serais incapable. Je suis à me dire comment c’est possible – et entre autres incapable, parce que affronter la solitude, affronter la désaccoutumance dont tu parles n’est pas évidente sur une période longue j’imagine de traversée etc. mais je voulais dire quand même que je partageais et ça il faut vraiment le dire et je pense que les navigateurs doivent le dire, je partage un amour
fou de la mer – je passe ma vie dès que je peux, je fait de l’apnée en fait et j’ai fait des années d’apnée dans les tropiques et j’y vais dès que je peux. Quand j’étais dans la finance je me suis aperçu à posteriori que quand je me levais à 6 heures du matin, j’allais dans mon bain je faisais une demi-heure d’apnée et ça me permettait de supporter le rythme de dingue que j’allais vivre après dans la journée. Juste pour dire, voilà la mer c’est juste havre mental fascinant, c’est aussi une école d’humilité quand on voit sa puissance ça va sans dire ce que tu dois vivre carrément en ce moment. Moi une des craintes quand même, c’est la pollution endémique de nos sociétés, j’ai été en Martinique où j’ai replongé dans des endroits où j’avais plongé où il n’y avait plus rien, et moi ça c’est un des trucs qui pourrait me tirer des larmes

(Eric) Ouais je ne comprends parfaitement et je partage complètement et je pense que ça rejoint ce que tu disais au début, c’est que tout ça c’est un fait mais c’est aussi de la capacité à aimer et s’aimer en fait et à donner des choses et je partage complètement c’est vrai que c’est que cette accélération qui transforme notre monde qui est merveilleux, il va falloir vraiment
qu’on se réveille, je te remercie vraiment pour cette discussion est-ce que tu vois quelque chose d’autre à dire

(Gilles) Je voulais juste ajouter une chose pour finir, un conseil ou un partage, justement c’est le dernier livre de Hartmut Rosa qui a donc inspiré mon film Tout s’accélère, il avait écrit il y a 10-15 ans un livre qui s’appelle Les Accélérations, et il a écrit son dernier bouquin c’est
Résonances. Et ces résonances c’est exactement ce qu’on vient de dire, c’est-à- dire résonance à l’autre l’amour ou la relation humaine riche, résonance au monde, la mer, résonance à la nature se sentir appartenir à tout ça c’est pour rebondir sur ce que tu venais de dire c’est exactement sa thèse que tu as dit c’est là qu’on retrouve un du sens et de la mesure aussi parce qu’on se remet dans un monde réel on résonne avec ce qui existe quoi

(Eric) Ecoute je te remercie j’ai vu le livre quand je regardais les choses sur sur toi sur internet et je vais le lire donc merci beaucoup je vais digérer tout ça c’est certain ça va me donner du grain à moudre dans ma réflexion au milieu de la tempête.

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